News





High End Munich 2024 : la Foire aux Abominations ?

Par LeBeauSon - Mai 2024

 

Si j’éprouve toujours autant de plaisir à me rendre à ce rendez-vous annuel de l’extrême, je crois que j’en ressors de plus en plus perturbé chaque année.

Parmi les joies, il y a les dîners avec les copains et les amis, les visites dans les Musées (cette année nous sommes retournés à la Pinacothèque Moderne et au Deutsches Museum (brièvement)), nous nous sommes octroyés une déambulation dans les rue de la vieille ville (en passant par l’Asamkirche rococo psychédélique où Bosch et Goya choperaient une migraine) pour rejoindre la boutique Leica, une longue promenade sous le soleil dans le très détendu Englischer Garten, les Biergarten (et encore, on n’a pas eu le temps d’aller à notre préférée, à Freising), les asperges et puis une journée à Salzbourg

Munich 8Munich 2 6

Salzbourg 3 23

Parmi… les déceptions ? plutôt les soupirs désabusés… on constate l’envol des objets moches souvent singulièrement coûteux au salon High End.

Pour être plus précis, la grande majorité des trucs présentés oscille entre le laid et le rien. Surtout dans le haut-de-gamme.

Moche ? L’apparence des bidules, pour commencer.

Deux hypothèses : soit les créateurs de la hifi High-End considèrent que les riches acquéreurs de leurs monstres (Chinois en tête) ont forcément un goût hominien patenté, ce qui est offensant, soit eux-mêmes se sont laissés prendre à caricaturer leur fantasmagorie technique jusqu’à la difformité, s’engageant dans un étroit couloir de R&D orienté vers un ou deux critères précis au risque de ne plus voir les portes latérales, de privilégier ce qui marginalise la quête du but premier : le respect de la Musique…

Admettons. Je n’insisterai pas sur le sujet.

Reste que, tant de propositions sont musicalement si vaniteuses, que le terme « musicalement » s’englue dans un contresens abstrait.

Oui, je radote. Eux aussi.

Autant on peut avoir l’impression – est-ce simplement dû à un niveau sonore moyen moins cinglé que les années précédentes ? – que la qualité moyenne du milieu de gamme a grimpé d’un petit cran qualitatif en transparence et énergie - oublions les timbres dans le meilleur des cas trop jolis pour être vrais, dans le pire de l'ordre de la monochromie, et le swing dominé par l’arthrose -  autant les prix au regard de la vacuité ou l’insulte sonore qu’imposent de nombreuses salles où l’on dépasse allègrement les 150 000 € relèvent de l’abomination. Sans même oser passer des musiques un tant soit peu exigeantes.

Car comme toujours dans les salons Fifi, les choix de musique relèvent de l’indigence. A ce sujet, je crains à la longue que ce soit la conséquence d’une paresse intellectuelle de la part des professionnels plutôt que l’hypothèse d’un standard moyen supposé pour des troupeaux bovins de consommateurs.

Dominique Fils-Aimée a gagné la palme de la représentativité cette année. Hélas pour cette artiste plutôt talentueuse, elle n’est pas sortie grandie de l’épreuve des machines à laver hifi.

Moche aussi, ou en tout cas négligée, la déco des stands : si peu de fantaisie, de soin, de mise en scène par rapport aux grandes années ; sauf à aimer le style médico-légal ou outre-tombal.

Constat agréable donc : l’impression que le niveau sonore moyen est moins stressant que les années précédentes.

Constat désagréable : nombreux sont les constructeurs qui estiment que, quitte à installer un tweeter, autant qu’on l’entende ; parallèle asynchrone d’un grommellement monochrome dans le bas, souvent accentué par une mode nouvelle de caissons de grave qui gagneraient à être utilisés comme congélateur ou caveau familial compte tenu des dimensions. Oui, telle proposition peut fonctionner, mais franchement, quel échec de devoir en passer par là, avec la justification – tarte à la crème audiophile quasi historique - de l’infra comme guide dimensionnel pour les aveugles. Bon sang, réfléchissez 10 secondes en prenant en compte les réverbérations naturelles face aux « réfractions » recréées par des bombardiers décorrélés dynamiquement et acoustiquement du reste du spectre. Oui, non ? Ah ? 10 secondes de réflexion, c’est trop ?

Illusion, peut être, réalisme, non !

Petite parenthèse pour revenir au succès d’un haut-médium/aigu acide en hausse au cours de la bourse du CAC 40 idiophile (pour CAC-ophonie) en cette cuvée 2024 : alors que je choisis souvent l’image d’une vitre de plus en plus propre pour expliquer l’évolution que l’on peut espérer en choisissant de meilleurs éléments dans un ensemble, on dirait, au High-End, que la plupart des marques sont heureuses de nettoyer la vitre qui sépare le spectateur de l’artifice d’un écran LED.

Vous ne voyez pas ce que je veux dire ? Aïe. Ben : comparez les nuances d’un tirage papier soigné d’une photo à l’hyperréalisme d’un monde encagé dans un aquarium calibré pour nous faire baver devant un écran géant 4K, où le piqué devient plus artificiel que la compréhension du monde sous un microscope à fluorescence, interdisant les dégradés du sfumato, les nuances et leur cortège de mystère, la poésie des ombres fines, la véracité humaine même !

Moche 2Moche 7

Moche 4Moche x 3

Moche 10 3Moche 10 3

 

D’accord, au milieu de tout cela, il y a évidemment des parenthèses surprenantes, impressionnantes, délirantes, ou tout simplement agréables.

En l’absence des coréens fous et leurs sculptures ressurgies du passé, la palme de la démesure revient cette année à deux challengers :

  • Les Chinois d’ESD dont le système principal - demandant beaucoup de recul - offre indubitablement quelques moments déstabilisants, notamment la musique symphonique de dimensions et souffle assez proches de la réalité ; pas vraiment plausible pour autant. Question de distance relative ? Mais franchement timbres, air, efficacité physique, vie, spontanéité, pas de grosses bavures : un système démesuré mais pas absurde. Qu’est-ce que ça donne sur un instrument solo ? On peut se poser la question. De là à baver des insanités comme on le voit si communément sur You Tube

ESD 2ESD 3

ESD

 

- et La composition colossale d'ARIES CERAT !

De fait la Star de l’année puisque ESD présentait le même système que l’an dernier.

Décrire la débauche de moyens mis en œuvre par le jeune chypriote dépasse mes capacités, entre le nombre de coffrets des électroniques (je n’ai pas compté : pas assez de doigts), sa platine vinyle dont l’entrainement direct est assuré par un moteur maison qui développe 6 CV (!!!) et astreint la rotation d’un plateau plume de 50 kgs par une vérification de 500 points / seconde. Les bras, également conçus et fabriqués au sein de la petite entreprise sont à la dimension du Colosse de Rhodes (de Chypre à Rhodes : 500 km de distance, 1 h de brasse pour Stavros).

L’enceinte ? Que dire ?

La voie bas-médium et ses deux chambres de compression (maison) ressemblent à une réinvention stylisée du turboréacteur dont elle partage sans doute la puissance. Je crois vraiment qu’elle peut faire décoller un avion à mi-poussée ou permettre une jonction de Chypre à Rhodes en 3 minutes.

Les immeubles de grave pourraient servir de logement au Japon ; le reste est habituel chez Aries Cerat, notamment le tweeter à ruban lui aussi propriétaire.

Je crois que seul le câblage n’a pas été réalisé par Stavros, mais par l’intéressant David Laboga (nous en reparlerons).

Bon, c’est bien gentil tout ça, mais le résultat ?

C’est tout aussi gigantesque, ce qui n’est pas étonnant : les gros systèmes à pavillon ont généralement cette tendance « bigger than life ».

Pour autant c’est ici une submersion homogène et structurée puisque les dimensions relatives des divers musiciens (des géants donc) ne varient jamais, la pression sonore est répartie homothétiquement sur la vaste étendue du spectre, charpentée et jamais dodue, et si je regrette personnellement un aigu cyclopien qui fait cavalier seul par un contour dépourvu de corps nuisant à l’idéale crédibilité d’une « autre » scène sonore, on se réjouit, en trouvant la bonne place, de la phénoménale richesse d’une résolution déployée, déluge de teintes et nuances, des matières gravées dans l’espace appuyées sur un registre bas puissant, intégré, vigoureux, jamais baveux, d’une absence assez remarquable de toniques. L’orgue n’est pas goitreux, les contrebasses sont en bois et les cuivres, euh en cuivre (si si, c’est possible), et l’ensemble balance un swing enthousiasmant, d’autant plus qu’il est absent dans plus de 90% des salles du gigantesque Barnum bavarois (constat ô combien démoralisant).

La démo Aries Cerat : l’expressivité directe, certes frôlant l’expressionisme ; et alors ?

NB : c’est l’occasion, je suppose, d’évoquer cette notion du surdimensionnement : si un système est capable de reproduire un espace « proche » de celui d’un orchestre symphonique, il faut admettre que lui demander de respecter celui d’un instrument enregistré solo est improbable. Pour cela, il faudrait que l’instrument solo soit capté sous la même « coque » acoustique qu’un orchestre au grand complet.

Dès lors, considérant que le micro est placé à un mètre du soliste, ou de petites formations, la restitution devient immense.

Autrement dit, aime-t-on que la musique soit retranscrite par des étirements d’écran de cinéma où tout est plus grand que nature - les mains, les doigts, les bouches, la vie - dont on accepte la réalité augmentée, ou préfère-t-on un redimensionnement du « petit » en acceptant que le « grand » passe par une transmutation, pourvu qu’il soit vraisemblable ? Choisir les sensations uniques que peuvent délivrer les grands systèmes à pavillon, c’est en admettre le corollaire : un surdimensionnement probable de la plupart des enregistrements, ceux-ci n’étant pas « calibrés » pour. Mais honnêtement, ceux qui aiment certains grands systèmes à panneaux, par exemple, ne sont pas gênés outre mesure que la bouche d’une chanteuse mesure trois mètres ou que les corps et cordes d’une guitare soient distendus (et souvent molles). Dans ces cas-là, on a perdu toute cohérence.

Je remercie et félicite Stavros aussi pour sa démarche : il va jusqu’au bout de ses rêves, de ses envies, chouchoute une ligne directrice sans douter un seul instant et se donne les moyens de contrôler la mise en œuvre de A jusqu’à Z. Ce qui fait probablement toute la différence et le place dans la marge étroite des vrais « créateurs » du High-End.

Aries Cerat 1

Aries Cerat 6Aries Cerat

Cherchez l'intrus !

 

 

Aries Cerat 2Aries Cerat 5Aries Cerat 9

Dans le même esprit et dans une direction totalement opposée, la visite chez Omega Audio Concept, marque milanaise exposant au Motorworld, relève d’une semblable démarche : tout contrôler. Dans un format mieux adapté au critères du quotidien.

Un des exemples qui rendent définitivement incompréhensible le marché de la hifi : comment une telle société plutôt discrète, avec des choix de design aussi affirmés et pas franchement faciles à intégrer malgré une qualité de finition de haut vol, des prix pas cadeau et une proposition sonore qui ne renouvelle certainement pas le genre, trouve-t-elle sa place dans un assourdissant et aveuglant souk copieusement envahi ? D’autant que la gamme est vaste, de la source jusqu’aux enceintes en passant par le bloc secteur, les câbles (rouges) et les meubles, incluant de vraies bonnes idées (la formule Essenziale et le lecteur réseau / Dac / ampli sous forme d’une étroite tour). Or, ces gens (charmants) ont l’air d’aller très bien, sont très décontractés et, somme toute, présents depuis un paquet d’années.

Clairement, nous devons éviter de considérer le marché de la haute-fidélité par le petit bout de la lorgnette française.

 

Omega 1Omega 2

 

Considérons immédiatement l’exact contraire – le versant « foutage de gueule » - de quelqu’un dont on pourrait dire que lui aussi va jusqu’au bout de sa démarche : Laurence Dickie de Vivid.

Qui présente une abomifreuse absurdité honteuse : la Moya M1 ; un énorme scarabée vertical globuleux hideux obèse (je ne dis pas que les créatures organico-astronomiques de Stavros sont belles mais au moins il y a un point de vue esthétique) qui trouverait péniblement sa place dans un musée H.R. Giger, planqué honteusement dans la réserve, tel un ratage avilissant.

Passé le hoquet visuel, le pire reste à venir : une explication prétentieuse de la démarche de conception, ce qui l’a guidée, à savoir reproduire les fréquences d’infra de l’orgue sans passer par un caisson de basse actif… Déjà, en soit c’est totalement con. Mais quand enfin, après trop de bla-bla, le démonstrateur (est-ce Dickie lui-même ?) consent à nous faire écouter de la musique (oui, de l’orgue), il y a deux possibilités : soit éclater de rire, soit lui coller deux baffes. Nous avons éclaté de rire. Le terroriste, c’est lui.

Le niveau sonore frôle l’intolérable dépassant probablement celui qu’on subirait à un mètre des tuyaux, mais surtout le grave - faisant frémir les jambes des pantalons, ronflant comme la salle des machines d’un porte-containers géant (et encore), vomi par un titan de trente mètres soudainement ratatiné dans un cercueil abominablement violent, pressurisé, déformé, gras et mou - n’a jamais existé dans la moindre église que ce soit. Les pires tarés de la techno n’oseraient pas ça tandis que la sonorité issue d’un enregistrement d’orgue semble volée dans le catalogue de Excision.

C’est du foutage de gueule. C’est même insultant. Je ne parle pas de la vulgarité du registre médium aigu qui confond le Récit (registre expressif des orgues) avec une réinterprétation nazie des Trompettes de Jéricho. Et le pire est que lorsqu’il enchaîne sur un autre disque (d’orgue), cet arrogant pantin n’a même pas conscience que l’œuvre ne requiert pas le Ut-1, tandis que le magma baveux rappelle les essais avortés du Senssuround à Hollywood où on branchait une batterie d’énormes caissons Cerwin-Vega directement sur le courant (c’est tout comme : les amplis développaient plus de 1600 w en continue sans aucune modulation, un « ronflement » droit couvrant de 17 à 100 Hz) pour les films catastrophes. Et encore, c’était plus véloce !

465 000 €, au fait… La Moya. Le symbole de la dérive lamentable de la reproduction sonore. Quand je pense que les spectateurs étaient aussi respectueux qu’à la Messe. Une cérémonie sans orgue ; pauvres de vous si votre religion en revient à sanctifier cette supercherie.

Voilà où on en est… les deux pieds dans la décadence. Je ne parle pas d'Omega...


Moya

 

 Orgue ? Non Orque

Dans un film Gore

 

 

 Continuons la balade dans le désordre total :

Côté français ? La nouvelle petite Sirocco (1 500 € la paire) d’Atohm (face à la Moya, ce n’est même plus David contre Goliath, mais l’infiniment grassouillet contre le microscopiquement petit) emportée avec naturel par un SDA200 Atoll est un vrai petit bolide : beaucoup de panache, de vivacité ou piqué et un équilibre impeccable ! J’en profite pour préciser qu’il est beaucoup plus difficile de réussir une petite enceinte à ce prix que la plupart des empilages crétins de haut-parleurs qui fourbissent l’armement lourd du High-End et brillent par un total manque d’idée

La Stage de Davis mérite largement le détour. Nettement plus logeable que sa grande sœur The Wall, les proportions sont plus réussies, je pense, et musicalement il se passe incontestablement quelque chose en compagnie des Jadis.

B-Audio présente un nouveau tout-en-un (lecteur réseau / DAC / Ampli) vraiment réussi, formant une association sonore plutôt attachante avec des enceintes polonaises Intrada !

Un registre grave nerveux, très dégraissé, vif, relative souplesse des modulations, développement des timbres, de l’allant. Léger manque de matière des enceintes ? Oui, probablement dû à une enveloppe de notes simplifiée. Dommage, car le prix des enceintes est déjà élevé (17 000 €). Petit regret pour B-Audio : alors que les frères Bermann ont soigné le look de leurs appareils, celui des Intrada est, euh, plus brut… Quelconque.

Dyptique et Kora. Il y a un progrès flagrant entre les premières générations de Dyptique et les actuelles. Le regret est le même que dans le paragraphe précédent : présenter des enceintes élégantes en compagnie d’un ampli énorme et qui plus est ouvert sur ses entrailles, n’est-ce pas un contresens esthétique ?

IN400 Evo chez Atoll plus que prometteur, même si on ne l’a pas écouté sur des enceintes qui nous transportent, on sent clairement qu’il se passe quelque chose, de haut niveau, en toute humilité. Un nouveau PR300 est aussi au rendez-vous. Une marque dont le succès est indéniable et même exemplaire mais qui mériterait plus encore car elle respecte le consommateur par des prix qui ne confondent pas le lustre avec les performances, et des créations qui rejettent le mensonge de la démesure comme affirmation de qualité.

Esprit lance une gamme d’enceintes ! Richard, toujours aussi décontracté, l’avoue lui-même : n’ayant plus rien à prouver, il faut bien qu’il s’occupe… Et puis, on sait par ailleurs que ça fait bien longtemps qu’il conçoit des enceintes. Maintenant elles sont sur le marché, c’est tout.

Esprit

Il est partout !

 

Audionec. Pas de surprise, ni bonne ni mauvaise, écoute dans la moyenne haute, un léger manque de profondeur de scène. Autre forme de fierté française, les rares qui osent le très haut-de-gamme.

Idem pour Total Dac. Les enceintes ont un aspect très audiophile. Et l’effort de présentation est minimal. En outre, Léo Ferré n’est pas Nirvana. Pourquoi écouter si fort ?

Dans la liste des Français, j’en oublie inévitablement.

DavisAudionecDyptique

Toujours dans le désordre :

Les électroniques de Thomas Meyer sont toujours aussi formidables et le nouveau look certes standardisé donc banalisé - mais élégant - est quand même plus facile que les anciennes boites en bois. Un stand trop petit pour accueillir les enceintes à pavillon Admire Audio (pas très glamour et 175 000 €) qui suffit cependant à laisser s’exprimer une rare présence organique aussi autoritaire que sensible, animée que subtile. C’est un peu coloré pavillon, mais ça fait envie. Et puis le sourire de Thomas Meyer est un bonheur à lui seul.

Un fabricant zurichois nous a intéressés aussi. Zeiler est le nom. Un préampli, un ampli, des enceintes. Electroniques soignées, enceintes esthétiquement moins convaincantes, résultat certes connoté (les enceintes) mais pétillant, des matières affirmées, de la subtilité, des nuances… A suivre.

Ah : un des exceptionnels endroits où on a écouté de la musique, c’est chez les cinglés coréens d’Orchestalls. Faut quand même oser ce déploiement façon Transformers en phase intermédiaire de mutation, mais au moins n’ont-ils pas hésité à nous proposer le final de la 8ème de Mahler dans l’interprétation de Solti, un enregistrement de 72 (?) vraiment pas facile. Eh ben c’était pas mal du tout, j’ai été franchement ému !!!! Peut-être tout simplement parce qu’on nous évitait enfin les standards audiophiles loués avec la salle ?

Pas loin, dans la même option « look mécanique », mais, comment dire ? Plus contrôlé ? IO Design persiste et signe. Moi aussi : sans tomber à la renverse, je trouve la proposition artistique très réussie.

Un peu plus de 100 000 € la paire ? A vérifier. Ce genre de conception peut amener à se poser la question de ce qu’on écoute le plus, de la pièce ou du transducteur ; mais je ne crois pas que ce soit un problème, peut-être même au contraire…

Il y a aussi les petits objets rigolos qui prennent en compte la réalité de la plupart de nos concitoyens. Telles les jolies petites enceintes connectées Biggie de Morel (à l’extérieur d’une présentation pas terrible).

Toujours (depuis une bonne décennie) les Turcs de Once. Hélas, à l’écoute et compte tenu des nouveaux prix, il y a de quoi relativiser : très belle zone médium aigue, un gros trou dans le médium et un grave dinosaurien. 20 000 € ? Jamais.

Metaxas ? Métastases ? c’est du kitsch moderne, drone sophistiqué ; l’écoute au casque est excellente, les enceintes rappellent des grands circuits-imprimés, c’est grossier au fond.

Pathétique Pathos qui considère que la vérité artistique passe par un ampli d’un mètre de profondeur… S’il était le seul.

Thrax et des enceintes à pavillon avant. Sais pas d’où elles sortent. Pas franchement jolies. Le son ? Pas d’avis, c’est quelconque, pas même envie de connaître le prix.

Regardons le rien : Goebel et Pilium. C’est laid, les amplis sont aussi gros, de l’ordre du culturisme, que les enceintes. Du néant sonore. Peut-être qu’un de ces deux machins fonctionne. Mais on n’en a pas eu l’intuition.

Thomas Meyer

Zieler

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Orchestalls

 

 

 

 

IOGoebel

Avt arrBiggie 2

Les câbles ? Alors là, question mauvais goût, on atteint des sommets. La meilleure illustration est le stand Brodmann : on pense ce qu’on veut de l’apparence soignée des enceintes longilignes, on ne pourra pas nier le soin apporté aux détails, à la finition ; complètement saccagé par un entrelacs autoroutier de câbles dessiné par un urbaniste aussi tourmenté par les nids de serpents que le phobique Indiana Jones, créant une vue aérienne plus incompréhensible que les enroulements du périph à Los Angeles.

Résultat sonore ? Qui s’en soucie ? Le prix ? 350 000 €. Des enceintes. Sans les câbles. Je suppose que ça double le prix ? On m’a soufflé 500 K€ à l’oreille. De câbles… Vraiment ?

On parle des divers stands qui utilisaient des Wilson Audio pour vanter leur médiocrité ? Non, on évite.

Lyravox ? Ces gens m’ont impressionné il y a une bonne décennie quand ils présentaient des sortes de barre de son dont la finition était absolument exceptionnelle. Aujourd’hui ? La finition est toujours exceptionnelle, mais les objets sont euh… euh… semblables à des fours en céramique ? Exempts de toute tentative de musique malgré l’originalité sur des enceintes à quoi, 200 000 €, d’asséner bruyamment l’hélicoptère de Pink Floyd où manquait l’essentiel : le ressenti physique. Quant à la subtilité des modulations et des harmoniques…

Nagra ? Ouarf… Avec des Steinheim. Futilité arrogante, injure faite aux musiciens. Musiciens ? Vous apercevez le concept ?

CH Precision et Wilson ? Beurk. Or, je suis sûr que les CH sont intéressants. Présentés par un autre ravi de la classe. Pour qui la musique est sans doute un concept aussi imprécis qu’un Picasso pour une huitre avant sa mise à mort. Ah oui : il a employé le mot émotion. Encore un concept flou ? Pour l’huitre, je ne sais pas, pour lui, sans aucun doute.

Oh, pas de procès d’intention, je cite quelques perles (synthétiques) au milieu de tant de vacuité que la liste dépasserait l’annuaire de Tokyo.

Audiovector amorce un 180° très intéressant. Les nouveaux objets (Trapeze RI) ont de l’allure, et ouvrent des possibilités mélomanes pas nulles. Pas mal même. Une bonne surprise. Quand on apprend que le prix frôle les 20 000 €, un léger courant d’air froid passe sur la nuque.

Ah oui, tiens, dans le rien moche, une marque d’enceintes dont je n’ai pas su reconnaître l’avant et l’arrière. Je les mets en illustration car j’ai oublié le nom et le son.

Zellaton… Mais comment de telles chimères peuvent-elles faire fantasmer les audiophiles : le néant vulgos au prix d’une des bagnoles de collection les plus folles exposées en face, au MotorWorld… Accompagnées d’un ampli de la taille d’un V8. En moins noble.

 

Brodmann 3Broadman câbles

Moche 11 2Audiovector

Zellaton

MW 1MW 2

 

Cessaro ? Tous les ans, j’ai la même impression : tout est là pour que ça fonctionne. Mais… Au bout de 20 mn à nous étaler du blues blanc sans le moindre intérêt sauf révéler des sonorités typiques des pavillons, on a baissé les bras. Toniques dans tous les sens, scène sonore abominable, swing absent. Bon. Ça n’est pas normal. La conception est remarquable. Ça devrait fonctionner. Est-ce lié au fait que ce type d’enceintes demande du temps pour se poser ? Possible. Mais dans ce cas, vus les moyens mis en place, faites comme Aries Cerat : installez-vous dès le vendredi précédent !

Dans la catégorie démesure, ACapella n’est pas mal non plus. L’enceinte semble atteindre les 3 m de haut. Si c’est l’Hyperion, elle ne mesure que 2.45 m mais paraît nettement plus. Tout ça pour multiplier le nombre de HP grave. Quelle originalité. Toutefois, dans ce cas précis, ça n’engendre peut-être pas un paresseux débordement ronflant. Il faut préciser aussi que la musique passée in extenso (on a craqué au bout de 15 mn), une sorte d’opérette légère avec chœurs et solistes, qui aurait aussi bien pu être un enregistrement amateur pirate sur une minicassette, ne sollicite pas beaucoup le registre bas. Ça paraît même un peu maigre. On se demande ce que ces gens cherchent : la pauvreté de l’exigence musicale correspond-elle à celle de l’idée de la beauté telle qu’elle est représentée par le modèle exposé dans le hall (est-ce la Sheron Exalibur ? Pas sûr, ça paraît encore plus épouvantable), ou, plus ambigu encore, à ruiner leurs présentations ?

Impression pas si rare d’un total je-m’en-foutisme qui contribue sans doute au manque de fun du High-End post-covid.

Comme si une présentation à Munich était un passage obligé pour rassurer des distributeurs paresseux pas vraiment avides de nouveautés et certainement pas à en conquérir de nouveaux…

Cessaro 2Acapella 2

 

Ecoute très questionnante dans une pièce regroupant une marque hongroise d’amplificateurs, Flow by Allegro, et les enceintes Joseph Audio. Beaucoup d’énergie déployée, de l’impact, une remarquable transparence. Pour un résultat trop hifi, hélas, pas de noyau charnel dans les notes ; parmi, néanmoins, les moments rassurants.

Démonstration passionnante des Marvel de Tune Audio, où des passages musicaux très divers, souvent audacieux orchestrés par nos si chers Masha et Manolis, s’enchaînent avec le même bonheur. En baguenaudant dans la vaste pièce afin de trouver les bonnes places, j’ai été surpris par un mélange de précision, d’homogénéité et de douceur, sans parler d’un registre grave tendu, robuste et présent que je n’ai jamais réussi à obtenir de cette enceinte. Je les ai connues plus expressives (dans des pièces plus petites) et plus « pleines ». La question de la bienveillance des électroniques Trafomatic reste en suspens, sachant que nous connaissons bien la partie lecture réseau /DAC Rockna.

hORNS et ses Overture dans une pièce trop petite. La volonté d’une présentation simplifiée (un drive et DAC EERA, un intégré Ampliton, des câbles Laboga, et c’est tout) atteint les limites de contrôle dans un volume si contenu. Toutefois, à condition de choisir LA bonne place, toutes les qualités de la marque apparaissent : douceur et présence, pigmentations délicates, humanité. Certains ont détecté des sonorités de pavillon. Ah bon ??? Alors qu’est-ce que ça devait être dans les autres salles ?

Living Voice R80. Déçus lors d’un premier passage, nous avons décidé d’y retourner en prenant le temps de s’assoir à une place favorable. Nous avons bien fait : la directivité verticale est très marquée. Quatuor n°15 de Shostakovich par Fitzwilliam en vinyle (on a le même à la maison). Long adagio funéraire, cette œuvre relève du Requiem. Les harmoniques se développent magnifiquement, les boisés sont supérieurs, le grain des archets splendide… A la rigueur une légère sensation de matières enveloppées, mais franchement une pause de sensations musicales. Puis, Kevin Scott change de disque et pose Malia et Boris Blank sur la colossale platine Kuzma… Euh…

Les limites de puissance des amplis, peut-être ? Sans doute.

YG ? Non, vaut mieux pas, je ne veux pas me fâcher avec les amis, mais je me retrouve face aux mêmes (absences de) sensations que lors de ma dernière écoute à Paris : tout est à côté de la vérité, coloriste, humaine (ouh là), mélomane. Et ces gens sont fiers. Bien sûr, ça envoie et c’est spectaculaire par une totale absence de distorsion, mais où sont les musiciens ? Faut dire que, en outre, la musique allouée est devialesque ! Pas loin d’un million d’euros en incluant les mésamplis Boulder ?

Dartzeel et Steinheim, démonstration de qualité menée par François Saint-Gérand. Nous sommes restés un bon moment à écouter une bande magnétique d’un enregistrement de 1955 (1955 : FSG a cru bon devoir le répéter 4 fois : mais pourquoi ?), Arturo Benedetti Michelangeli, Concerto de Ravel passée sur un magnéto à bandes Analog Audio Design. C’est incontestablement précis, timbrés, vivant ; expressif ? Bah… N’en demandons pas trop. De même, j’eusse aimé avoir des informations à propos de l’orchestre et du chef. Néanmoins, un vrai partage artistique où on oublie de poser la question du prix (en sachant qu’il n’est pas justifié) et de l’impossibilité pour le possesseur lambda de se procurer ce type de bande. Qu’importe : c’est aussi un endroit qui, tels les coréens fous absents cette année, ramène aux fondements. Merci pour ça.

Grandinote présente des protos de caissons de grave (tu quoque !) utilisés comme dans le manuel du parfait petit hifiste : par deux. Engoncés dans les angles de la pièce.

Qui a envie de ça ?

En l’occurrence, ça fonctionne.

Ils accompagnent des enceintes Mach 2 Estrema et sans aucun doute on retrouve le grain, une forme de matérialisation dans l’espace des instruments, une notable souplesse des modulations et la présence que l’on aime des électroniques du fabricant italien qui enchaîne les morceaux à toute vitesse, jamais plus de 30 secondes par plage. Pas de mystère : 4 haut-parleurs de grave, légers, rapides, par caisson, le tout amplifié par un intégré Solo muni d’une carte passe-bas en lieu et place d’un ampli numérique coupé par un DSP, les bons moyens sont réunis. Mais la facture passe à combien ? 35 000 €. Pour la voie grave. Bon, au moins, c’est parlant.

Tune Audio 4

hORNS 2YG

 

Désolé pour tous ceux que j’ai oublié de citer avant de passer au Hifideluxe où il n’y a… Rien ? Pas grand-chose en tout cas.

Ce salon off s’est beaucoup réduit et devient caricatural car on passe d’un couloir ouvrant vers des salles très confortables à une autre aile où les pièces sont tellement exiguës qu’on peine à imaginer à quoi elles peuvent servir le reste de l’année. Pas de chambre en tout cas, un lit ne rentre pas. Un caisson de grave Aries Cerat est beaucoup plus confortable, croyez moi.

La présentation des Atlantis AT38 dans un de ces bocaux en pâtit évidemment. C’est mou, étroit, étiolé… Quelle drôle d’idée de la part du magasin ou distributeur…

Dans l’autre aile, nous apprécions :

  • une enceinte à pavillon dont je n’ai pas noté le nom et un ampli balaise Destination Audio. Une sincérité volubile convaincante, mais qui cette fois aussi amène au constat que, en utilisation domestique, ce genre de système demande une pièce relativement grande car, à proximité, l’opiniâtreté et les impacts ne sont pas crédibles du fait même du rapport des distances proportionnelles liées à grand nombre de captations.
  • Des enceintes à ruban Clarysis Audio modèle Piccolo (20 K€). Je suis épaté par l’affirmation physique de ces joujoux, tendue, punchy, des couleurs superbement différentiées, quelques effets de matières qui ne sont pas souvent au rendez-vous des panneaux de ce type. Et puis, à défaut d’être beau, ça a de l’allure, orientation Zébulon chic. Swing incertain et scène sonore totalement absente mais à reconsidérer dans une autre pièce. Nous avons vraiment apprécié. Ces choses me rappellent ce que j’aime bien des Alsyvox (en plus petit) qui, à propos, m’ont un peu laissé sur ma faim cette année

Et nous apprécions moins :

Audio Note (pas Japon) où, dans une petite salle, les aficionados aussi excités que des Hooligans après leurs 7ème pub noctambule se laminent les oreilles à coup de rock énervé quelconque décalaminé à un niveau de bourrins qui, avant de nous contraindre à fuir en courant, nous donne l’impression d’avoir collé les esgourdes dans un concours de Car-Tuning où la voix grave aurait été coupée. Oui, ça gueule. Exemple parfait de ce qui est contreproductif.

Diesis Audio qui ponctue la liste des caricatures de la hifi High End en plaçant à côté d’une enceinte, dont on ne peut pas dire qu’elle est sobre, une voie grave de l’ordre de l’effroi. Ecoute banale.

Pas pire que les surestimés JMF… Une telle profusion de moyens pour un résultat quand même pas très motivant. Comparables à de nombreux façonnages à pavillon avant, la paire d’enceintes a un côté gros kit pas vraiment fun. J’ai d’ailleurs du mal à comprendre que ça ne fonctionne pas mieux à défaut d’être sexy. 110 000 € la paire ? Ce n’est pas le problème.

On dira qu’il en faut pour tous les goûts, n’est-ce pas ?

Soyez rassurés : je plaisante…

Clarisys 1

Clarisys

Steinheim small

Hifideluxe ? une pièce de 6 m²

 

Ou de 50... :

Lampizator DeluxeMoche x 2Moche x 5

La vraie conclusion tient à l’impression que, si la qualité moyenne des marques au prix pas trop fous a légèrement progressé, les valeurs établies, bonnes ou mauvaises, n’évoluent guère d’une année sur l’autre. On devine quelques redistributions des priorités : des marques prestigieuses ont déserté les grandes salles pour se réfugier dans des petites, quelques grands absents (je ne les cite pas car il se peut aussi que je sois passé à côté), mais finalement assez peu de fraîcheur…

Serait-ce que ce salon devient de plus en plus un rendez-vous de professionnels stressés, tel « L’homme pressé » de Paul Morand - pas forcément une référence humainement louable (honni par Céline pour la bienveillance politique qui lui a grandement pardonné son statut de collabo), un grand livre néanmoins - qui se contentent de saluer leurs contacts avérés et sautent aussitôt dans l’avion du retour ?

« On ne va vite qu'au ras du sol. Dès que je prends du recul pour regarder ma vieille planète, elle me parait morte. La vitesse c'est un mot inventé par le ver de terre. » Paul Morand

 

Ci dessous : Mozart, de retour à Salzbourg après son passage au High End 2024

Mozart

 NB : il s'agit vraiment d'une sculpture en hommage à Mozart, réalisée par Markus Lüpertz

 

Pour info : ceci est un Orgue

Orgue 3

 

 

 

Banc ecoute